La naissance du bonnet Eik

Le bonnet Eik n'est pas né en un jour.
Son histoire a peut-être commencé il y a plusieurs années, lorsque j'ai entendu pour la première fois le mot « Eik » dans le film consacré à Tolkien.
Certains mots ont une musique particulière. Ils résonnent longtemps dans notre mémoire sans que l'on sache vraiment pourquoi. Celui-ci est resté avec moi.
À la même époque, j'avais acheté un livre consacré aux tricots traditionnels islandais. C'est un de ces livres que l'on ouvre pour apprendre une technique et que l'on finit par lire comme un livre de voyage.

Pendant des années, je l'ai feuilleté à l'automne, installée sous un plaid avec une tasse de thé. J'observais les formes, les lignes, les proportions. Les bonnets, les mitaines, les écharpes et les pulls racontaient une histoire commune, issue d'une même culture et d'une même manière de concevoir le vêtement.
Je ne cherchais pas à copier ces modèles.
Je les laissais simplement entrer dans mon imaginaire.
À force de les regarder, les silhouettes traditionnelles des tricots nordiques, celtiques et vikings ont fini par trouver leur place dans mon propre travail.
Alors qu'est-ce que l'inspiration ?
Pour moi, ce n'est pas une illumination soudaine.
C'est une idée qui tourne longtemps autour de nous.
Une idée qui revient encore et encore.
Une spirale invisible qui entoure la tête pendant des mois, parfois des années, avant de descendre jusqu'aux mains.
Et un jour, sans que l'on sache exactement quand ni comment, cette idée devient un objet.
Le bonnet Eik est né ainsi.
D'un mot entendu dans un film.
De longues soirées d'automne passées à rêver devant un livre de tricots islandais.
De recherches sur les traditions nordiques.
Et enfin du plaisir de transformer toutes ces influences en une création qui m'appartient.

Mais une inspiration forte ne suffit pas à créer un modèle.
Pour arriver à la forme du bonnet Eik, il m'a fallu réaliser plusieurs prototypes. Je cherchais un équilibre difficile à trouver : un bonnet à la fois élégant et confortable, une forme qui tienne bien en place sans serrer la tête, qui apporte du style sans être compliquée à porter et qui puisse accompagner aussi bien un manteau habillé, un trench qu'une veste en tweed ou un caban.
Chaque essai m'a permis d'affiner les proportions, les courbes et le tombé jusqu'à obtenir la silhouette que j'avais imaginée.
La feuille, devenue l'élément emblématique du modèle, a elle aussi connu plusieurs transformations.
J'ai ramassé des feuilles en forêt, observé leurs contours, rempli quelques pages de croquis et réalisé différents essais. Je voulais retrouver la poésie de la nature sans chercher à reproduire une feuille réelle à l'identique.
Finalement, c'est une ancienne forme de décoration que j'utilisais pour broder sur mon manteau Dana qui a montré le chemin.
Je l'ai fait évoluer, simplifiée puis retravaillée jusqu'à obtenir cette feuille presque imaginaire, quelque part entre le végétal et le merveilleux. Une feuille qui évoque davantage les forêts des contes et les univers fantastiques que la botanique.
Mes enfants diraient probablement qu'elle a évolué façon Pokémon.
Moi, j'aime y voir un clin d'œil à l'esprit elfique qui accompagne ce modèle depuis ses débuts.

Ma fille a suivi la naissance du bonnet Eik de très près.
Dès les premiers essais, cette feuille en devenir l'a intriguée. Elle observait les différentes versions, donnait son avis, regardait les croquis et les prototypes prendre forme sur ma table de travail.
La forme du bonnet, elle, lui a plu immédiatement.
Alors que la feuille n'était pas encore tout à fait aboutie, elle a voulu essayer l'un des premiers prototypes. J'ai tout de suite compris que j'étais sur une piste intéressante, car lorsqu'un enfant adopte spontanément un modèle, c'est souvent qu'il possède quelque chose de particulier.
Quelques semaines plus tard, elle a tout simplement volé le premier prototype.
Je n'ai jamais vraiment réussi à le récupérer.

Depuis, elle l'a porté fièrement lors de chacune de ses sorties, comme si ce bonnet avait toujours été le sien.
Au fil des promenades quotidiennes que nous faisons ensemble dans la campagne, accompagnées de notre chien, nous nous sommes photographiées à tour de rôle sous les couleurs de l'automne.
Ces photos sont devenues bien plus que de simples photographies de produit.
Elles racontent un moment de notre vie.
Car derrière chaque création artisanale se cachent souvent des choses invisibles : des recherches, des essais, des doutes, mais aussi des promenades, des conversations, des rires et parfois même un enfant qui décide qu'un prototype appartient désormais à sa garde-robe.
Je crois que c'est à cet instant que j'ai compris que le bonnet Eik était terminé.
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